LES BASILIQUES DE CARTHAGE

« … L’importance des sermons d’Augustin pour la connaissance de Carthage est évidente. Ce sont en effet les sermons d’Augustin qui, les premiers, nous font connaître la majorité des lieux de réunions chrétiens : basiliques et cimetières. Augustin, qui, depuis 396 – moment de la mort de Valerius, l’évêque d’Hippone, qui l’avait désigné comme son successeur -, ne cessa de passer de longs moments à Carthage près de son ami Aurelius, l’évêque de cette ville. Il y prêcha à diverses occasions. Depuis le début du IVe siècle, la plupart de ces sanctuaires devaient exister, mais c’étaient sans doute alors des bâtiments plus modestes que ceux qui se sont édifiés à la fin du IVe et au début du Ve siècle. Très souvent, pour les mêmes édifices, nous avons une mention de Victor de Vita décrivant les méfaits de la conquête vandale sur ces bâtiments dans son Historia persecutionis africanae provinciae, écrite à la fin du Vème siècle. Certains monuments cités par Victor de Vita n’existaient sans doute pas encore, ou n’avaient pas encore acquis d’importance, au temps d’Augustin: par exemple, le monastère de Bigua. D’autres édifices, connus du temps d’Augustin, avaient dû disparaître ou avaient changé de nom à la fin du Ve siècle : par exemple l’ecclesia Theoprepria. Quodvultdeus, évêque de Carthage au moment de l’occupation vandale (… 407/408 ? – évêque 431/ 439 – avant le 24 octobre 454), donne dans ses oeuvres des renseignements sur l’évolution du paysage urbain. Pendant toute la période allant du IVe au début du VIe siècle, les rubriques topographiques des conciles nous font connaître des dénominations des églises. Enfin, à l’époque byzantine, nous pouvons nous appuyer sur Procope qui, dans son récit des guerres vandales et dans son livre sur l’oeuvre du constructeur de Justinien, nous indique certains monuments encore visibles lors de la venue des Byzantins à Carthage en 533, et d’autres, dont il semble attribuer le bénéfice de la construction à Justinien. Ces derniers n’ont peut-être subi, à l’époque byzantine, que des restaurations, leur donnant une apparence plus grandiose » ENNABLI, L. op.cit., p. 17.

Voyons donc, quels étaient les bâtiments religieux à cette époque de grand fleurissement chrétien.

1) Cathédrale Restituta : Résidence du Primat, concile de 390, d’après Victor de Vita à l’intérieur de la ville. Saint Augustin y prêcha souvent. Occupée par les Vandales lors de l’exil de Quodvultdeus (aujourd’hui musée paléochrétien)

2) Basilique de Saintes Perpétue et Félicité ou Basilique Majeure : Elle a été retrouvée à Mcidfa (près du cimetière américain) par le P. Delattre qui y a découvert la pierre tombale des martyrs. La confession (lieu du tombeau) a été restaurée d’après le plan primitif en 1929 et un ciborium y a été élevé pour recevoir un autel à l’occasion du Congrès Eucharistique international de 1930. A gauche de la confession, S. Exc. Mgr Lemaitre, archevêque de Carthage, avait fait placer une statue de Saint Augustin, aujourd’hui disparue. « …Le concile de 390 s’est tenu à Carthage in basilica perpetua restituta. Est-ce l’église qui nous occupe que l’on trouve désignée sous ce vocable? La présence des corps saints a pu susciter la convoitise des donatistes et provoquer leur mainmise sur ce lieu de culte. On connaît l’épisode de la prise d’une basilique, de manière sanglante, par les donatistes en 317, et A.-L. Delattre est partisan de reconnaître dans l’église qui abritait le corps des chrétiens tués dans cette lutte, la basilica Maiorum. Une récupération de l’église par les catholiques peut être un événement encore frais dans les esprits en 390. Il est cependant étrange de ne pas trouver Perpetua au génitif, s’il s’agit bien d’elle, ainsi que le qualificatif (sancta). Si ces qualificatifs, perpetua resti-tuta, ne désignaient pas la basilica Maiorum, cette appellation désignerait alors la basilique cathédrale : la basilica Restituta » ENNABLI, L. op.cit., p. 20.


3) Basilique de Saint Cyprien à l’ « Ager Sexti » : lieu de son martyr, probablement découverte par le P. Delattre à Bir-Ftouha. Aujourd’hui peu de ruines.

4) Basilique de Saint Cyprien, au cimetière des Mappales : Au camp du procurateur Macrobius Candidus, où son corps fut enseveli. Peut-être en face des citernes romaines de la Malga ?

5) Basilique de Saint Cyprien sur le bord de la mer : D’après Saint Augustin et Procope, c’était le lieu de la mémoire de Saint Cyprien. Lieu de vénération de son corps. Cette basilique a été découverte par le P. Delattre sur le plateau dit de Saint Monique.

6) Basilique de Faustus : Dans l’area ou cimetière du même nom. Célèbre par les nombreux corps de martyrs qu’elle possédait. Plusieurs conciles y furent tenus dans son « secretarium ». Saint Augustin y prêcha. Deogratias y fut sacré en 454 ; il y accueillit les malheureux captifs amenés de Rome par Genséric. Peut-être est-ce la basilique Damus el Karita ?

7) Basilique de Saint Agilée : Boniface y fut sacré. Saint Fulgence y fut reçu à son retour d’exil par les chrétiens de Carthage. C’est dans son « secretarium » que fut réuni le concile de 525. Il semble bien que le P. Delattre l’ait découverte à Bir-Knissia entre Douar-Chott et Salammbô. Aujourd’hui disparue.

8) Basilique des martyrs Scillitains : D’après le P. Delattre, elle se trouvait peut-être au Coudiat Tsalli entre l’amphithéâtre et le village de Sidi-Daoud, où M. Poinssot, Directeur des antiquités et arts de Tunisie, a découvert de magnifiques tombeaux romains recouverts de stuc. Cette basilique bordait la voie romaine qui conduisait à Utique.

9) Basilique de la martyre Celerina : Le nom de Celerina rappelle celui d’une très ancienne famille chrétienne de Carthage dont parle Saint Cyprien. C’est dans cette basilique que furent ensevelis les sept moines de Gafsa martyrisés à Carthage sous Hunéric. Tout près se trouvait le monastère de Bigua.

10) Basilique Novarum : C’est-à-dire des « aerae » nouvelles, appelée aussi basilique de Tertullus. Une des plus anciennes de Carthage. Elle est mentionnée par une lettre de Mensurius à propos de l’application des édits persécuteurs de Dioclétien. C’est dans cette basilique que Mensurius fit livrer au proconsul des livres hérétiques au lieu des livres saints (cause ou prétexte du Donatisme). Saint Augustin y prêcha. Deogratias y donna asile aux prisonniers ramenés de Rome par Genséric. On y vénérait les tombeaux de plusieurs martyrs, entre autres Successus et ceux que le calendrier de Carthage appelle « Tertullenses ».

11) Basilique de la deuxième région : C’est là que se tinrent les conciles de 404, 407, 409, 410.

12) Basilique de la troisième région ou de Saint Pierre : Saint Augustin y prêcha.

13) Basilique de Gratien : Construite ou restaurée par ce prince.

14) Basilique de Théodose : Construite ou restaurée par ce prince.

15) Basilique d’Honorius : Bâtie ou restaurée par ce prince sur l’emplacement de l’ancien temple si célèbre de Caelestis. Il avait été consacré au culte chrétien par l’évêque Aurelius, le jour de Pâques de l’an 399. Mais, comme Caelestis conservait encore de secrets adorateurs, l’empereur Constance II dut la faire détruire en 421.

16) Basilique de Theoprepia : Eglise primatiale des donatistes.

17) Basilique de Tertullianistes : Fut donnée aux catholiques du temps de Saint Augustin.

18) Basilique de la Theotokos : Sur la colline de Byrsa dans le palais des rois Vandales occupé par les patrices de Byzance. Les Byzantins ne firent probablement que transformer une église dédiée à la très Sainte Vierge par les Vandales.

2 commentaires

  1. quel courage de tricoter et poser avec « the bonnet », le point et les torsades sont superbes

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