BAPTISTÈRES CHRÉTIENS EN TUNISIE

Définition[1]

Le terme fonts baptismaux est composé de deux mots empruntés l’un au verbe grec baptizô qui signifie plonger, immerger et l’autre au mot latin « fons » signifiant source, fontaine et qui donne au pluriel « fontes ». La piscine baptismale désigne une cavité creusée dans le sol d’un baptistère destinée à l’administration du baptême par immersion, supposant que le catéchumène soit partiellement ou totalement plongé dans l’eau. A partir du VIIIe siècle, quand l’administration du baptême n’est plus le seul privilège de l’évêque, des cuves baptismales de grand diamètre, non enterrées, destinées au baptême par immersion sont posées à même le sol dans les églises paroissiales. Le terme « fonts baptismaux » est réservé à la cuve de plus petites dimensions, de formes et matières variées, posée sur un socle, destinée à contenir ou recevoir l’eau utilisée lors du baptême par infusion.

 Le rite

Le rite du baptême est fondé sur le texte des Evangiles. Il reprend celui initié par Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain, rapporté par les Evangélistes. Parmi les habitants de Judée et de Jérusalem qui se faisaient alors baptiser dans le fleuve, se trouvait Jésus qui « dès qu’il fut baptisé, sortit de l’eau ». Les gestes ne sont pas précisés davantage. Ensuite, les disciples baptisent à leur tour après la Crucifixion, Paul baptise les disciples au nom du Christ, il « leur impose les mains, et l’Esprit Saint vint sur eux ».

Tertullien, théologien africain (né en Tunisie) de la seconde moitié du IIe siècle, est un des premiers à décrire précisément le rite baptismal : le baptême comporte la renonciation au péché, suivie d’une triple immersion entrecoupée d’interrogations sur la foi en la Trinité, enfin à sa sortie de l’eau le nouveau baptisé reçoit l’onction d’huile.

Le nombre d’immersions varie de 1 à 3 au cours des siècles : la triple immersion est pratiquée au Ve siècle par saint Augustin, au siècle suivant Grégoire le Grand n’en préconise qu’une seule, mais la triple est à nouveau recommandée au concile de Tolède en 633 et elle fait aussi partie des prescriptions du pape Zacharie (741-752). Le rapport entre les trois immersions et la sainte Trinité est attesté par plusieurs auteurs avant d’être rappelé en 1275 au concile d’Angers. Mais le 4e concile de Tolède en 1633 suit le rite de saint Grégoire en optant pour une immersion unique, allusion symbolique à la Résurrection du Christ et à l’unité de la nature divine.

L’onction d’huile (dite huile des catéchumènes) sur le torse et les épaules, la pose de quelques grains de sel sur la langue et d’un signe de croix sur le cœur et le front sont prescrites dès le VIIIe siècle par Bède le Vénérable. Le saint chrême, mélange de baume dérivé d’une résine végétale et d’huile d’olive, béni comme l’huile des catéchumènes le jeudi saint par l’évêque, est ensuite appliqué sur le front du baptisé. Le concile d’Arles en 813 préconise de garder le saint chrême sous clef afin d’éviter son utilisation profane à titre de remède. Les deux huiles utilisées pour le baptême « oleum sanctum et santum chrema » sont conservées, ainsi que l’huile des malades (oleum infirmorum), dans des ampoules individuelles, le plus souvent en étain, réunies dans un coffret appelé réserve aux saintes huiles. Celui-ci est conservé dans l’armoire aux saintes huiles, placée dans la chapelle des fonts baptismaux, dans la sacristie ou à proximité du maître-autel (comme on pouvait le voir à la Basilique Damous el Karita à Carthage).

Les baptistères

Pour la foi chrétienne, le baptême est indispensable pour entrer dans l’Eglise et avoir accès au Royaume de Dieu. Il fait du catéchumène un homme nouveau, apte désormais à intégrer la communauté des chrétiens. Dès Constantin, on commence à construire des bâtiments spécifiques, appelés baptistères situés en dehors mais à proximité de l’église cathédrale dont l’accès était réservé aux seuls baptisés. Ils ne sont théoriquement ouverts que pendant la veillée pascale pour bien marquer le lien entre le sacrement et la Résurrection du Christ. Ces édifices, de plan centré, offrent des formes variées avec une prédilection pour l’Octogone inscrit dans un carré, le chiffre 8 étant dans l’arithmologie mystique celui de la Résurrection dont le baptême est le symbole anticipé. Un bassin, d’environ 1,50m de diamètre et d’une profondeur inférieure à 1m23, y était creusé au centre à même le sol, dans lequel le catéchumène descendait pour recevoir le baptême par immersion. On parle alors de piscine baptismale.

Le baptême y était administré uniquement par l’évêque. A partir du VIe siècle, ce privilège est étendu peu à peu à toutes les églises paroissiales (c’est le cas par exemple pour le baptistère de Sousse et du Cap Bon en Tunisie) à la suite de dispositions prises aux conciles d’Auxerre (en 577) et de Meaux (en 845). Il est bien précisé au concile de Carthage en 401 qu’une femme ne peut pas baptiser.

Cuves baptismales

A la fin du VIIIe siècle, devant le grand nombre d’enfants à baptiser – sur ordre de Charlemagne- et pour permettre aux prêtres de baptiser dans les paroisses, on installa de grandes cuves posées à même le sol dans les églises. Si quelques cuves sont en métal, la majorité d’entre elles sont en pierre selon la Prescription du pape Léon IV (847-855).

Le jour du baptême

Les apôtres baptisaient quel que soit le jour ; Clovis aurait été baptisé le 25 décembre 496 ou 498; dans les premiers siècles, il était d’usage de baptiser la veille de Pâques et à la Pentecôte, l’eau utilisée étant bénie à la veillée pascale. Au Ve siècle, le pape Léon Ier recommande de baptiser le jour de Pâques sauf cas d’extrême nécessité. Cette limitation ne peut plus être respectée à partir de 789 devant l’afflux d’enfants de moins d’un an à baptiser, sur ordre de Charlemagne. Mais elle redevient effective au XIe siècle quand Léon IX (pape de 1048 à 1054) défend de baptiser à une autre date que les deux jours précités. Défense reprise aux conciles de Tolède, d’Auxerre, de Paris et de Gérone.

Dans le courant du XIIe siècle, on assiste à la généralisation de la célébration du baptême dans les jours qui suivent la naissance, sans préconisation de date particulière. Les statuts synodaux des diocèses des XIIIe et XIVe siècles exhortent les prêtres à apprendre aux laïcs à baptiser les enfants en danger de mort et dictent aux prêtres les paroles et gestes qu’ils doivent accomplir « pour valider » un baptême administré par un laïc.

Pour notre réflexion sur l’importance du baptême aux premiers siècles, nous pouvons lire et méditer ce beau texte qui fait partie d’une homélie de Saint Augustin aux nouveaux baptisés le deuxième dimanche de Pâques : « Ceux qui sont renés dans le Christ, c’est à vous que je m’adresse, enfants nouveau-nés, vous qui êtes des tout-petits dans le Christ, la nouvelle génération mise au monde par l’Église, le don du Père, la fécondité de la Mère, de tendres bourgeons, la fleur de notre fierté et le fruit de notre labeur, ma joie et ma couronne, vous qui tenez bon dans le Seigneur. Je vous adresse les paroles de l’Apôtre : Revêtez Jésus Christ et ne vous abandonnez pas aux préoccupations de la chair pour satisfaire vos convoitises, afin de revêtir par votre vie ce que vous avez revêtu par le sacrement. Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Telle est la force du sacrement : il est le sacrement de la vie nouvelle, qui commence maintenant par le pardon de tous les péchés passés, et qui trouvera son accomplissement dans la résurrection des morts.  ~C’est aujourd’hui l’octave de votre naissance; aujourd’hui s’accomplit en vous le sceau de la foi qui était conféré chez les anciens Pères avec la circoncision de la chair qu’on faisait huit jours après la naissance charnelle. ~ C’est pourquoi le Seigneur en ressuscitant a dépouillé la chair mortelle ; non pas qu’il ait surgi avec un autre corps, mais avec un corps qui ne doit plus mourir ; il a ainsi marqué de sa résurrection le « jour du Seigneur ». C’est le troisième jour après sa passion, mais dans le compte des jours qui suivent le sabbat, c’est le huitième, en même temps que le premier. C’est pourquoi vous-mêmes avez reçu le gage de l’Esprit, non pas encore dans sa réalité, mais dans une espérance déjà certaine, parce que vous possédez le sacrement de cette réalité. Ainsi donc, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Le but de votre vie est en haut, et non pas sur la terre. En effet, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire ».

Maintenant nous allons illustrer ces repères sur le baptistère et le baptême avec des photos des baptistères chrétiens en Tunisie. Baptistères allant de l’époque paléochrétienne à l’époque byzantine.  

Bardo Baptistere de Kelibia

Baptistère trouvé dans une église paroissiale à Kelibia au Cap Bon. Époque Byzantine VI siècle. Musée du Bardo – Tunisie

Bardo Baptistere de Djerba

Baptistère de l’Ile de Djerba – Tunisie Époque paléochrétienne, IV siècle Style cruciforme Musée du Bardo- Tunisie

Baptistere Dermech-Carthage

Baptistère de Dermech à Carthage Basilique Byzantine. VI siècle. Thermes d’Antonin – Carthage

Baptistere de Sousse

Baptistère trouvé dans une église paroissiale prés de Sousse- Tunisie Époque Byzantine. VI siècle. Musée archéologique de Sousse- Tunisie

Baptistere de Bellalis Maior

Baptistère trouvé dans la basilique du site Bellalis Maior prés de Beja en Tunisie Époque paléochrétienne. IV siècle. Site archéologique El Fahouar (Bellalis Maior).

Baptistere Oued-Ramel

Baptistère de L’Oued Ramel – Tunisie Époque Byzantine. VI siècle. Style croix grecque.

Baptistere de Boulla Regia

Baptistère de la Basilique de Bulla Regia – Tunisie Baptistère cruciforme dont la cuve a été ultérieurement rétrécie par la pose de plaques de marbre isolant deux des bras. Époque byzantine. VI siècle.

Baptistere de Sbeitla

Baptistère de Sbeitla I Site archéologique de Sbeitla – Tunisie Époque byzantine. V-VI siècle.

baptistère Sbeitla II

Baptistère dit de Vitalis. Basilique de Sbeitla. Époque Byzantine. V-VI siècle. Site archéologique de Sbeitla.

M. Gauckler, correspondant de l’Académie, présente les plans et les photographies de plusieurs baptistères byzantins, ornés de mosaïques, découverts en Tunisie, dans les fouilles du Service des Antiquités qu’il dirige. Celui qui était le plus important et le mieux- conservé a été trouvé en 1899, à Carthage, à peu de distance des Thermes d’Antonin. Il fait partie d’une luxueuse basilique qui a été méthodiquement déblayée. Le baptistère proprement dit se compose d’un oratoire et des fonts baptismaux. La cuve, hexagonale comme celle de la cathédrale de Damous el Karita, était plaquée de marbre blanc. Tout l’édifice était aussi pavé de belles mosaïques décoratives, et très richement décoré. Les fragments architecturaux recueillis permettent de le reconstituer dans son entier. La basilique, qu’il est impossible d’identifier d’une manière précise, semble avoir été construite sous le règne de Justinien. Elle a été incendiée par les Arabes, au moment de la destruction de Carthage par Hassan en 698. Le baptistère de l’Oued Ramel, découvert en 1898, occupe un pavillon indépendant, englobé dans la même enceinte qu’une basilique byzantine à trois nefs et divers autres bâtiments. La cuve baptismale, semblable à celle d’El Kantara dans l’île de Djerba, affecte la forme d’une croix grecque, dont une branche a été barrée par une dalle de marbre remployée, un devant de sarcophage païen, représentant les trois Grâces et les quatre Saisons. Tout le baptistère est pavé de riches mosaïques, représentant des figures symboliques chrétiennes, la Colombe du Saint- Esprit, le Palmier, le Cerf et la Biche buvant aux quatre fleuves du Paradis. Les deux de Sfax, présentent cependant autant d’intérêt, car ils forment une série originale qui n’avait -pas encore été signalée et qui semble particulière à la Tunisie. Ce sont des bassins étoiles à six ou huit branches, qui forment autant d’alvéoles, où plusieurs catéchumènes pouvaient prendre place pour recevoir simultanément le baptême.

En somme, sur onze baptistères relevés jusqu’ici en Tunisie, quatre seulement, dont trois à Carthage même, reproduisent fidèlement les types classiques de l’époque byzantine. Les autres s’en éloignent plus ou moins et présentent des particularités caractéristiques qui prouvent que les architectes africains ne s’astreignaient pas à l’imitation servile des grands maîtres grecs ou romains, et réussissaient au contraire, en modifiant les modèles dont ils s’inspiraient , à créer de nouveaux types d’une réelle originalité. (Gauckler Paul. Baptistères byzantins de Tunisie. In: Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 45ᵉ année, N. 5, 1901. pp. 603-604.)


[1] Pour cet article nous nous sommes servi quasi entièrement d’un article pdf fait par le ministère de la culture française sur les « Fons baptismaux : définition et rite », sans date de publication. Nous avons adapté le texte à notre contexte des baptistères chrétiens en Tunisie. Voir article :  http://www.culture.gouv.fr/documentation/memoire/CATALOGUES/fontsbapt/fontsbapt_defrite/pdf/fontsbapt_defrite.pdf

Les photos des baptistères chrétiens en Tunisie ont été prises soit par moi-même, soit sur internet.

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