SUR LE CHAPITRE DE LA CATHEDRALE DE CARTHAGE

Sur le chapitre de la Cathédrale de Carthage

  1. L’article 20 du règlement disciplinaire de 1885 a-t-il été pris le 20 août comme le décret de constitution du chapitre ?

http://i2.wp.com/media.bernardinai.lt/o/f1a9cd5579134558de54ba07a5a4eac6084e82fe.jpg?resize=255%2C323 Réponse: Le document du Cardinal Lavigerie du 9 aout 1885 a seulement comme titre « Ordonnance du chapitre de la Cathédrale de Carthage ». Par contre le décret de constitution en tant que tel est celui de Léon XIII du 14 aout 1888. Il le dit expressément:

« Après avoir considéré et pesé avec le plus grand soin les circonstances de temps et de lieu, Nous prêtant volontiers aux désirs du Cardinal Archevêque…, nous instituons et érigeons par notre autorité Apostolique le chapitre métropolitain de Carthage… dans notre gratitude nous leur accordons l’honneur et le titre de chanoines, et leur concédons et octroyons l’usage de la soutane violette, du rochet, du camail en soie également violet, et la faculté de porter sur ce camail une croix émaillée conforme au dessin présenté par le dit Cardinal Archevêque… ». Donné à Rome près S. Pierre sous l’anneau du Pêcheur le 14 aout 1888 de notre pontificat le onzième. 

  1. Comment expliquez-vous la suppression du chapitre par Mgr Combes le 20 octobre 1915 et la création d’un nouveau, serait-ce lié au transfert du chapitre de Carthage vers Tunis ?

http://i1.wp.com/www.piedsnoirs-aujourdhui.com/imag105/msrCombes001.jpg?resize=245%2C370Réponse: Le chapitre de la Cathédrale de Carthage n’a jamais était déplacé. La suppression du chapitre était due tout simplement à une réorganisation. En effet la lettre de Mgr Combes (voir photo) au clergé de son Diocèse a comme titre: « Réorganisation du chapitre primatial de Carthage ». Puis il écrit:

« … Le diocèse de Carthage ayant, par la grâce de Dieu, pris un développement considérable durant ces vingt dernières années, l’organisation et le fonctionnement du chapitre de l’église primatiale, tels qu’ils résultent des actes et conventions antérieures, ne semble plus répondre aux besoins actuels de cette église. Il nous a donc paru très désirable de procéder à de nouveaux arrangements, qui permettent de donner à ce chapitre insigne un statut mieux en harmonie avec le droit commun et plus en rapport avec la situation du diocèse ».

Et dans le décret d’institution du 20 octobre 1915 à l’article II, Benoit XV écrit: « Un nouveau chapitre est institué dans la Primatiale de Carthage qui sera composé d’un archidiacre et de sept chanoines ». Donc il fait référence clairement que le chapitre est celui de la Primatiale de Carthage, à Carthage.

Dans l’article IV du même décret, il affirme que « l’habit de chœur et les insignes des chanoines seront les mêmes que ceux qui sont indiqués dans l’ordonnance du 9 aout 1885 c’est-à-dire… ». Il décrit ensuite l’habit et la croix des chanoines, tel que l’avait fait Lavigerie.

  1. Cette idée soulève pour moi une tout autre question : pendant la période du protectorat comment se « répartissaient » les rôles entre la cathédrale de Carthage et celle de Tunis ? D’ailleurs portaient-elles toutes deux le titre de cathédrale ?

Réponse: Pour bien comprendre la question des deux cathédrales et leur fonction il faut revenir à octobre 1881. C’est à ce moment que Lavigerie arrive à Tunis pour succéder à Mgr Fidele Sutter, capucin italien, âgé de 84 ans. En 1881 il n’y avait pas de diocèse, mais seulement vicariat apostolique de la Tunisie. On contait 40.000 italien, alors que les français n’étaient que 700. Mgr Sutter n’avait donc pas de cathédrale. Il célébrait à l’église de Sainte Croix qui appartenait aux capucins. Mais le nombre de français augmente et Mgr Lavigerie pense à la construction d’une nouvelle église à Tunis qui lui servirait de cathédrale.

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À l’occasion de la fête de Noël 1881, il répète : « La ville européenne s’étend avec ses habitants nouveaux. Les distances deviennent difficiles à franchir. Aussi, pour une telle agglomération de chrétiens, une seule paroisse est-elle insuffisante ». Ce qu’il veut surtout, c’est une  « église française ». L’église de Sainte Croix appartient en effet aux capucins italiens et est considérée comme étant « l’église italienne ». Aussi, dès le 27 novembre 1881, il entreprend la construction d’une cathédrale provisoire, qui est inaugurée le dimanche 2 avril 1882. Au sujet de cette cathédrale provisoire, aujourd’hui détruite, le Cardinal Lavigerie écrit, au printemps 1889, au Résident Général Massicault : « Il faut en effet, monsieur le Ministre, penser à pourvoir à la reconstruction de l’église provisoire de Tunis. C’est un simple hangar, comme vous le savez, et il a été construit en l’espace de 80 jours, à mes frais personnels, pour éviter à la France l’humiliation de n’avoir aucune église à Tunis et de faire célébrer ses cérémonies ou solennités dans l’église italienne des capucins ». 

Dès 1881, Mgr. Lavigerie a l’intention aussi de construire sur le même emplacement un presbytère pour son clergé français et une maison qui lui servirait d’Évêché. Il le fait.

Mais le 16 avril 1882, Mgr. Lavigerie est élevé au cardinalat. Peu de temps après sa promotion, il écrit à Léon XIII : « Le plus beau jour de ma vie sera celui où, après avoir doté ce Vicariat de tout ce qui lui est nécessaire en institutions, en hommes et en argent, je pourrai aller me prosterner humblement aux pieds de Votre Sainteté, pour lui demander de relever le siège de Saint Cyprien, et de ressusciter la grande église de Carthage, après mille ans de mort ».

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Charles Martial Allemand-Lavigerie
(Bayonne, 31 octobre 1825 – Alger, 26 novembre 1892)
Auditeur de Rote (1861)
Prélat domestique de Sa Sainteté (1861), puis Assistant du Trône pontifical (1863)
Comte romain Lavigerie (1863)
Evêque de Nancy (1863),
puis  Archevêque d’Alger (1867)
Archevêque de Carthage (1884)
Administrateur apostolique d’Oran (1875), de Tunis (1881), du Sahara (1891)
Cardinal-Prêtre (1882), puis Cardinal de Sant’Agnese fuori le mura (1882)
 D’azur, au pélican sur sa piété d’argent, à la bordure du même.

Au consistoire du 10 Novembre 1884, Léon XIII déclare dans une allocution aux cardinaux : « Nous avons cru le moment venu de rendre à Carthage, par notre autorité, l’honneur de son siège archiépiscopal ». En même temps il faisait distribuer aux membres du Sacré-Collège, la Bulle « Materna Ecclesiae Caritas » dans laquelle il exprimait la suprématie séculaire du siège archiépiscopal de Carthage.   

Dans la lettre qui porte la nouvelle à son peuple, le Cardinal Lavigerie déclare : « L’Église métropolitaine sera provisoirement celle de Saint Louis, en attendant la construction de la Basilique de Carthage, déjà commencée. Mais l’Église Saint Vincent de Paul de Tunis reste à la disposition des Archevêques pour la célébration des offices pontificaux dans cette ville ».

Donc la Cathédrale de Tunis reste pour ainsi dire une cathédrale auxiliaire, devenant Carthage le siège primatial et principal de l’archidiocèse. Il décide également à la fin de sa vie (1890) faire la construction de l’actuelle cathédrale de Tunis. Cela faisait partie de son projet original.

L’archevêque normalement prenait possession de toutes deux cathédrales. Ainsi par exemple Mgr Lemaître est intronisé solennellement dans la cathédrale de Tunis, le jour de la Toussaint 1920. Le rapport écrit : « À deux heures, le cortège pontifical fait son entrée dans la cathédrale, tandis que les chœurs chantent la « Gloire de Dieu » de Gounod. Le défilé des confréries, des clercs de la Maitrise, du clergé de la cathédrale, du Chapitre métropolitain de Carthage précède le nouveau Pontife ». Cela montre que la cathédrale de Tunis n’avait pas un chapitre propre, puisqu’elle dépendait du siège principal de Carthage.

Après l’indépendance de la Tunisie, la Cathédrale de Carthage est supprimée ainsi que son chapitre. Donc la Cathédrale de Tunis est laissée comme paroisse par le modus vivendi et l’archidiocèse de Carthage est réduit à prélature de Tunis.  

  1. Concernant les croix de chanoines: comme dans de très nombreux autres chapitres en France (dont celui de Nancy) existait-il des chanoines honoraires, qui, bien que n’étant donc pas titulaire d’une stalle à la cathédrale, en portait tout de même le titre la croix ?

Effectivement il y avait, autre les chanoines réguliers, des chanoines honoraires au chapitre de Carthage. Dans bulle d’institution du chapitre, le pape Léon XIII écrit:

« … Mais comme à la fondation et dotation de prébendes canoniales concourent des prêtres qui versent une certaine somme d’argent pour l’institution de chaque canonicat dans la sus dite église métropolitaine, dans notre gratitude nous leur accordons l’honneur et le titre de chanoines, et leur concédons l’usage de la soutane violette, du rochet, du camail… et la faculté de porter… une croix… conforme au dessin présenté par le dit Cardinal Archevêque ».

En plus, dans les années 1920, le curé de la cathédrale de Tunis avait lui aussi le titre de chanoines honoraires du chapitre avec droit à la croix.

  1. Dernière question, dans une liste provenant de l’orfèvre parisien Lemaitre, il est fait état d’une croix de chanoinesse de Carthage.  Bien que le titre de chanoinesse se rapporte à une dignité datant d’avant la Révolution française… je suppose qu’il fait ici référence aux membres de l’une des congrégations établies en Tunisie à la fin du XIXe siècle, mais laquelle? Pourrait-il s’agir des Sœurs missionnaires d’Afrique qui avaient une école à Carthage?

Par contre, dans le complexe dossier du chapitre de la Cathédrale de Carthage, je n’ai pas trouvé une mention aux chanoinesses, mais  peut-être nous devons encore chercher d’autres voies pour y arriver.

 P. Silvio Moreno, IVE

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stalles des chanoines de la Cathédrale de Carthage

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