LA TUNISIE CHRETIENNE DES PREMIERS SIECLES (II- XII a.p. J-Ch.)

Pourquoi est-il important de considérer le christianisme primitif en Tunisie ?

 – C’est un devoir de vérité : historiquement la Tunisie (Afrique proconsulaire) était très chrétienne. L’Eglise locale en Tunisie jouait, aux premiers siècles, un rôle fondamental pour le développement de toute l’Eglise universelle.

 – C’est un devoir de reconnaissance envers tous les chrétiens d’origine berbère qui ont donné leur vie pour le Christ et pour l’Eglise aux premiers siècles.  

 – C’est une mise en valeur très enrichissante : Le pape saint Jean Paul II nous invitait à mettre en valeur les richesses des différentes traditions spirituelles qui ont nourri l’histoire de nos pays. «Elles ont souligné et mis en évidence, disait-il, telle ou telle facette du trésor de l’Evangile : le sens de la communauté et le gout de la communion fraternelle, le signe de la pauvreté et la disponibilité envers le prochain, l’écoute attentive de l’autre et le sens de la présence discrète et aimante, la joie d’annoncer et de partager la Bonne nouvelle».

 

Pourquoi est-il important de considérer le christianisme primitif en Tunisie ?

 – C’est un devoir de vérité : historiquement la Tunisie (Afrique proconsulaire) était très chrétienne. L’Eglise locale en Tunisie jouait, aux premiers siècles, un rôle fondamental pour le développement de toute l’Eglise universelle.

– C’est un devoir de reconnaissance envers tous les chrétiens d’origine berbère qui ont donné leur vie pour le Christ et pour l’Eglise aux premiers siècles.  

– C’est une mise en valeur très enrichissante : Le pape saint Jean Paul II nous invitait à mettre en valeur les richesses des différentes traditions spirituelles qui ont nourri l’histoire de nos pays. «Elles ont souligné et mis en évidence, disait-il, telle ou telle facette du trésor de l’Evangile : le sens de la communauté et le gout de la communion fraternelle, le signe de la pauvreté et la disponibilité envers le prochain, l’écoute attentive de l’autre et le sens de la présence discrète et aimante, la joie d’annoncer et de partager la Bonne nouvelle».

Origine du christianisme en Tunisie et organisation

– Les origines de la religion du Christ en Tunisie sont obscures. Nous ne possédons aucun témoignage évident antérieur à l’année 180, ou moururent les Martyrs Scillitains… (Premier témoignage écrit dans toute l’Afrique). 

– Installation des communautés juives dans les côtes de la méditerranée. Prédication de l’Evangile tout d’abord aux juifs, puis aux païens.

– Saint Augustin a eu le mot juste : « C’est de toutes les régions de la Méditerranée que l’évangile est venu en Afrique » (Epist. XLIII, 7).

À la fin du IIème siècle, la nouvelle religion progresse rapidement dans la province. En effet Tertullien a écrit en 197 : « Aux champs, dans les forteresses, dans les îles, partout des chrétiens ; tous les sexes, tous les âges, toutes les conditions, même les dignitaires passent au nouveau culte… Nous ne sommes que d’hier et nous remplissons tout : les villes, les iles, les forteresses, les municipes, les assemblées, les camps même, les tribus, les palais, le Sénat, le Forum. Nous ne vous laissons que les temples… Nous sommes une multitude, nous formons presque la majorité dans chaque ville ».

Depuis leur présence en Tunisie jusqu’au 313 (reconnaissance du culte chrétien), les chrétiens ne semblent posséder hors les murs des villes que des cimetières privés, où ils se réunissaient pour célébrer la fraction panis, l’office des morts ou l’anniversaire d’un martyr (Les catacombes sont une exception en Tunisie : ex : Sousse). Et à l’intérieure des villes des maisons privées appelées Domus ecclesiae.

Les premiers chrétiens étaient de juifs convertis, de berbères (ex : martyrs scillitains, les 3 papes d’origine berbère, etc.), de romains convertis. La langue chrétienne était le latin et l’apprentissage de la foi se faisait par écrit, par oral et par les images (identité littéraire et symbolique). Voir l’art de la mosaïque.  

La communauté chrétienne bien que discrète est toujours présidée par un évêque. Au IIIème siècle il y avait en Tunisie une 100 d’évêques environs. En principe tous les évêques d’Afrique sont égaux, mais en fait, dès le temps de Saint Cyprien (200-258), l’évêque de Carthage joue dans toute la région, jusqu’en Maurétanie, le rôle d’un primat : il agit en toute circonstance comme chef de l’Eglise d’Afrique. C’est l’Eglise primatiale de Carthage.

Le IIème et IIIème siècle furent pour les chrétiens en Tunisie une époque des terribles persécutions (du 180 au 305. La dernière persécution du Dioclétien est la plus grave). Se construit donc une identité martyriale. Ainsi les plus connues en Tunisie sont : les martyrs scillitains (+180) ; Perpétue et Félicité et leurs compagnons (+203) ; la masse blanche d’Utique – 300 martyrs (+258) ; Saint Cyprien de Carthage (+258) ; les martyrs d’Abitène (+304).        

L’âge d’or du christianisme en Afrique du Nord

Le IVème (313) et début du Vème siècle (jusqu’en 439 – prise de Carthage par les Vandales) est vraiment l’âge d’or de l’Eglise en Tunisie.

– Expansion évidente : la religion du Christ n’est plus presque exclusivement la religion des pauvres gens, elle a fait et va continuer à faire de brillantes conquêtes soit dans l’administration, dans l’armée et dans l’aristocratie : Tertullien, saint Cyprien, Arnob, Lactance, saint Augustin, Aurelius, etc.

– Identité architecturale : les 3 types de bâtiments chrétiens se développent par toute la Tunisie : basilique ou cathédrale, baptistère, martyrium ou chapelle funéraire. Le modèle de construction des basiliques en Tunisie est unique dans le monde chrétien (occident et orient). Seulement 24 basiliques pour la ville de Carthage.

Identité artistique : mosaïques, épitaphes, sarcophages avec bas-relief, carreaux de terre cuites, etc. Le bas-relief de Notre Dame de Carthage (IVème).

– Identité générationnelle : rattachement à la foi des martyrs et vénération des morts dans la foi (les basiliques chrétiennes se construisent sur les cimetières). 

Deux circonstances affaiblissent la présence chrétienne en Tunisie :

– 312 au 411 : division interne de l’Eglise : le donatisme (division entre l’église d’Algérie et celle de la Tunisie). Duration : un siècle. La conférence du 411 à Carthage. Saint Augustin contre les donatistes : confirmation de la véracité de l’unique Eglise catholique.

– 439 : Arrivée des Vandales (arianisme : négation de la divinité de Jésus-Christ) conséquence : destruction de l’Eglise catholique en Tunisie (presque 5000 martyrs). Duration : un siècle.

Deux figures importantes pour l’église tunisienne de cette époque : Victor de Vita et saint Fulgence de Ruspe.

En 533 le royaume vandale finit par s’effondrer et l’empereur byzantin Justinien devient le nouveau maître de la Tunisie. Bélisaire, envoyé par Justinien, se présenta comme un libérateur aux populations catholiques de Carthage. Le lendemain, fête de Saint Cyprien, il se rendait solennellement, avec les officiers de son état-majeur, à la basilique de l’illustre martyr, située sur les bords de la mer (sainte Monique de Carthage) qu’Hunéric avait donné aux ariens, et il la restituait aux catholiques.

VIème siècle : les successeurs de Justinien continuent sa politique et pendant plus de quatre-vingts ans l’Eglise catholique en Tunisie jouit de la faveur des empereurs de Byzance : ses privilèges sont respectés, ses demandes exaucées ; et des églises s’élèvent de tous côtés. A Carthage (colline de Byrsa), Justinien fait construire dans le palais impérial une chapelle à la mère de Dieu, et en dehors du palais, d’autres basiliques sont ou restaurées ou bâties entièrement. Beaucoup des ruines chrétiennes que nous connaissons aujourd’hui en Tunisie appartiennent à l’époque byzantine.

VIIème  siècle : En 647 bataille de Sbeïtla. Première conquête musulmane. En 670 fondation de Kairouan et en 690 les arabes prenne Carthage aux Byzantins. La fin des chrétiens en Tunisie (surtout à Carthage) s’annonce très doucement. 

Fin des chrétiens en Tunisie

Nomination par les arabes : Al-Yaqubi à la fin du IXème siècle, qualifie les Berbères chrétiens par le terme d’Afariqah (qui parlaient dialecte inspiré du latin). On leur applique aussi le terme « ajam ». Quant à celui de Rum, il s’adresse uniquement aux populations d’origine byzantine dont il subsiste des groupes assez denses à Carthage dont une importante communauté chrétienne est attestée jusqu’en 983, de même qu’à Kairouan. En effet, à Kairouan la communauté chrétienne était présente jusqu’à l’arrivée des Fatimides.

L’historien arabe Al-Bakri mentionne au XIème siècle la persistance du christianisme à Tunis par des pèlerinages sur le tombeau de saint Cyprien à Carthage et par la mise au jour d’épitaphes chrétiennes, datées de 1007, 1019, 1046, dans les environs de Sbeïtla et à Kairouan (photo).

– On localise même autour de 1050 une basilique consacrée à saint Pierre, desservie par un diacre byzantin dans l’ancienne cité romaine de Sicca Veneria, le Kef. Ce bâtiment s’est maintenu comme lieu de culte chrétien jusqu’au XIème siècle au moins, époque à laquelle il a été désaffecté.

Causes de la disparition…

– Manque d’encadrement : Une des faiblesses des chrétiens de cette époque au Maghreb est bien celle de leur encadrement. Une lettre de Léon IX de 1053 nous apprend qu’il y a seulement en Tunisie cinq évêques à cette date. Donc hormis quelques évêques, la seule autorité dont on trouve trace est celle d’un civil, chef de communauté. Les inscriptions les plus tardives en témoignent d’une réelle carence.

– Taxe de la loi musulmane : La lourde taxe, jiziya, à laquelle étaient soumis les chrétiens a certainement poussé à la conversion sans retour car l’apostasie, riddah, assimilée à une trahison, était passible de la peine de mort.

– Le problème de la langue : L’argument le plus décisif concernant la disparition progressive des chrétiens au Maghreb procède d’une comparaison entre l’Orient et l’Occident. En Orient, les chrétiens sont fortement enracinés dans la culture autochtone. Ils sont portés par les langues vernaculaires : syriaque, copte, éthiopien, grec, arménien, etc. En Afrique du Nord, même si le latin a connu une diffusion large, il reste une langue d’importation. L’absence donc des chrétiens berbérophones a été fortement préjudiciable à cet égard.

Conclusion

Ce qui est imputé à l’invasion hilalienne, au sectarisme almohade, ou au contrecoup vindicatif de l’occupation normande de la Tunisie n’a fait qu’accélérer un processus fondé sur l’incapacité des chrétiens africains à affirmer leur identité face à la nouvelle religion, en grande partie en raison de l’opportunité qui leur était offerte de rejoindre le gros de la chrétienté européenne toute proche.

On estime qu’en 1160 au plus tard, les chrétiens en Afrique du Nord sont parvenus à un état de ténuité extrême.

Cependant le « Christianisme » a été toujours présent en cette terre tunisienne, puisque le sang des martyrs chrétiens l’a baignée entièrement… et le sang des martyrs a été et le sera toujours semence des nouveaux chrétiens.

    

 

 

2 commentaires

  1. On m’a dit que le Pape Saint Victor n’était pas de Tunisie mais de Libye !Est-ce vrai?
    Et le pape Saint Gélas, et le pape Saint Milthiade,de quelle pays ils sont ?

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