RELIQUES SAINTES PERPETUE ET FELICITE EN FRANCE

Nous connaissons bien l’endroit du martyr de nos saintes à l’amphithéâtre de Carthage, nous connaissons bien leur tombeaux à la Basilique Majeure de Carthage, découverte par le P. Delattre. Mais leurs reliques malheureusement nous n’en connaissons rien. Pour cela, en ce jour mémoire des Saintes Perpétue et Félicité et leurs compagnons, je voudrais vous citer deux textes qui peuvent nous aider à mieux comprendre la suite des reliques de ces grandes saintes carthaginoises.

Le premier texte s’agit des quelques notes : « Pour servir à l’histoire du Diocèse de Bourges ». Elles sont datées du 14 juin 1885, et son signés par : E. Lamy, curé. En 1987, le Père Henri Pelloquin, ancien curé de Tébourba, ville d’origine de nos saintes, les a tirées des archives de Bourges. Ces notes nous donnent des indications précieuses sur l’histoire des reliques des Saintes Perpétue et Félicité.

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« Ceaulmont, le 14 juin 1885

Monsieur le Directeur,

J’ai vu dans un des derniers numéros de « La Propagation de la Foi » et dans un numéro du « Pèlerin », qu’un missionnaire du Cardinal d’Alger (P. Delattre), espère retrouver les reliques de Sainte Perpétue. Je crois que ses espérances et ses désirs sont vains si l’on doit ajouter foi aux notes que j’ai recueillies ici :

  1. Le bienheureux Raoul de Turenne qui fut Archevêque de Bourges de 839 à 866, était Seigneur de Turenne, ancienne petite ville du Bas-Limousin (Corrèze)… C’est en cette qualité qu’il fonda, sous l’invocation de Saint Pierre (de Beaulieu), de Saint Paul et de Sainte Félicité, martyre, un monastère de Bénédictins, situé en Dordogne, à deux mille de Châteauneuf et à deux mille de Turenne… Le Saint Archevêque enrichit cette abbaye, fondée en 846, des Reliques de Sainte Félicité, martyre.
  2. … On cite aussi Raoul de Turenne comme un des bienfaiteurs de l’abbaye de Desvres, qui fut transportée dans la ville de Vierzon, en 923. Lorsque la translation s’accomplit, les Reliques de Sainte Perpétue que possédait l’abbaye de Desvres, furent transportés en même temps dans la nouvelle abbaye et la ville de Vierzon adopta, dès lors, la Sainte comme sa Patronne spéciale. Dans ces circonstances, nous sommes amené à conclure que Raoul de Turenne avait pu se procurer les reliques de Sainte Perpétue et Félicité, de Saint Satur, compagnon de leur martyre avec Révocat, Saturnin et Secondole.
  3. Le Père Bonaventure de Saint-Amable, auteur de la « Vie de Saint Martial », dit au sujet de ce prélat : ce fut Raoul de Turenne qui fit la translation du corps de Saint Satur à l’Eglise Saint Pierre après avoir remis le Château-Gordon en meilleur état.

Conclusion : tout ou partie des reliques de Sainte Perpétue, de Sainte Félicité et de Saint Satur ont été la possession de Raoul de Turenne vers 846 ; elles ont été distribuées à trois abbayes dont l’une hors du diocèse, est complètement détruite ; par conséquent, il est peu probable que le missionnaire explorateur puisse découvrir ce qu’il espère.

Signé : E. Lamy, Curé »[1].

L’autre texte très important que je voudrais vous présenter est un abrège de Dom Amand Vasler, Prieur de l’Abbaye de Saint Pierre de Beaulieu, qui suivant le ‘cartulaire’ de l’Abbaye de « Sancti Petri de Belloloco, dit avoir trouvé des renseignements sur Saintes Perpétue et Félicité énormément précieux:

« Saint Raoul, notre fondateur, après avoir disposé toutes choses et pourvu à tout ce que était nécessaire pour l’établissement de l’abbaye de Beaulieu, fit le voyage de Rome, d’où, après avoir traité avec le Pape Léon IV de plusieurs affaires touchant les églises de France, il revint chargé d’un riche trésor, qu’il estimait plus précieux que tous les biens du monde : savoir, les corps de Sainte Félicité et de Sainte Perpétue, martyres, et de Saint Satyr, martyr. Il donna le corps de Sainte Perpétue au monastère de Desvre qu’il avait déjà fondé dans le Berry (non loin de Vierzon)… Dans le temps des guerres, les soldats et vagabonds faisant le pillage dans tout le pays, les religieux se retirèrent dans le château de Vierzon, où ils transportèrent l’abbaye de Desvre, aidés des chanoines de Saint Etienne de Bourges. Les reliques de Sainte Perpétue y attirèrent tous les jours un grand nombre de peuple. Il mit le corps de Saint Satur au château de Gordon, qu’il avait aussi réparé et mis en meilleur état, et qui fut ensuite, sous le nom de monastère de Saint Satur, possédé par des chanoines réguliers.

Pour le corps de Sainte Félicité, il voulut le laisser dans son monastère de Beaulieu. Suivant le cartulaire, le corps de Sainte Félicité reposait dans ledit monastère l’an 4ème de Charles-le-Jeune, qui revient à l’an 863. Suivant un ancien inventaire des reliques de ce même monastère (fait le 27 mars 1432), le corps ou les ossements de Sainte Félicité martyre, reposent dans notre abbaye : item super dictum altare, ad pedem magni crucifixi, est griba magna statis, de fuste, desuper cooperta de argento et super deaurata, in qua dicitur inesse corpus vel ossa sanctae Felicitatis, etc…

Et dans un autre ancien inventaire, il est parlé du bras de Sainte Félicité : item fuit exhibitum aliud reliquiare argenteum, cum sua porta seu janua, factum ad modum brachii, infra quod consisit brachium beatae Felicitatis. Quando deferetur unum panum parvum, argenteum, deauratum, cum uno annulo in medio digitorum, in quo, etc. C’est la seule relique du corps de Sainte Félicité qui soit au monastère, le reste du corps ayant eu le sort de plusieurs autres reliques, qui furent brulées par l’armée des princes et de l’amiral Coligny (tous calvinistes), quand il prirent la ville de Beaulieu et pillèrent le monastère en 1569 »[2].

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La suite des dates concernant le corps de Sainte Perpétue est la suivante[3] :

En 1202, d’après la Chronique de Vierzon, les reliques sont présentées au peuple en présence de Guillaume, abbé de l’abbaye Saint Pierre de Vierzon.

En 1632, après la grande peste, en reconnaissance des miracles opérés par les reliques, on offrit un chef d’argent qui fut déposé sur la statue de la sainte.

En 1666 l’abbé de Plas fit confectionner artistiquement une châsse pour renfermer les reliques de sainte Perpétue. En exécution d’un vœu, la ville offrit un tableau qui représentait la Sainte tenant en ses mains la ville de Vierzon en l’offrant à la Sainte Vierge. Il était placé au-dessus de l’autel de la chapelle Saint Joseph (ex Saint Roch). En mémoire de ce vœu, on se rendait chaque année en procession à la porte saint Roch (= de la Rivière).

En 1705 une partie du crâne fut donné à l’église paroissiale par les bénédictins de Saint Laurent qui eux-mêmes l’avaient reçu de leurs frères de Vierzon.

En 1739 la reine de France, Marie Leczinska, se fit remettre une partie des reliques de Sainte Perpétue. L’archevêque de Bourges vint à Vierzon et tira une partie des reliques ; procès-verbal en fut dressé en présence des Religieux, du clergé, des officiers du bailliage et de ceux de la municipalité. Le prieur de Dun le Roi, révérend père Terrasse, les porta à Versailles.

En 1807, quand la tourmente révolutionnaire fut passée, l’Église Notre-Dame de Vierzon recueillit le reliquaire de Sainte Perpétue.

Mais, toutefois, en voyant la valeur de leurs reliques, nous nous demandons pourquoi un tel honneur dans l’Eglise pour ces deux saintes ? Pourquoi dans le canon romain de l’Eglise il y a ces deux noms ? Pourquoi Perpétué et Félicité et non pas Revocatus ou Saturnin? Dans l’extraordinaire éloquence de Saint Augustin nous trouvons une réponse merveilleuse[4]:

-Une récompense de perpétuelle félicité: En effet, écrit Saint Augustin, Perpétue ou Perpétuelle et Félicité sont à la fois les noms de ces femmes et la récompense de tous les martyrs. Voilà pourquoi tous les martyrs plein de courage étaient prêts à lutter contre la souffrance et confesser la foi parce qu’ils étaient sur de jouir enfin d’une ‘Perpétuelle Félicité’. Reprend Saint Augustin : « De même que l’exemple de leur glorieux combat nous excite à les imiter; ainsi leurs noms témoignent de l’impérissable récompense que nous devons recevoir… Que servirait la Perpétuité sans la Félicité? Et sans la Perpétuité la Félicité ne serait que passagère…».

-Un martyr qualifié : Ces personnes, dit Saint Augustin, étaient des femmes. Toutes deux mêmes étaient mères, nouvelle circonstance qui s’ajoutait à l’infirmité du sexe, pour les rendre plus sensibles à la souffrance. Voilà pourquoi les deux saintes emportèrent sur leurs compagnons la primauté dans cette fête, parce qu’à cause de leur sexe faible il y a eu un plus grand miracle pour vaincre l’antique ennemi.

-Un encouragement pour nos vies : déplaçons nous avec les yeux de l’imagination au lieu de martyr de Perpétue et Félicité… l’amphithéâtre de Carthage. Mgr Gourlot écrivait : « Je ne crois pas qu’il ait dans toute l’Afrique du Nord un lieu plus saint que l’amphithéâtre de Carthage, où sont tombés tant de martyrs. Leurs reliques ont été dispersées et nous ne savons pas guère où elles ont reposé, mais nous savons que dans cette arène, le sol a bu leur sang. On pourrait, comme faisait un pape dans le Colisée, ramasser une poignée de cette terre et dire « Voilà les reliques ! »[5].

Et M.V. Guérin poursuit : « Aujourd’hui, cette arène ensanglantée est retournée par la charrue ; les caveaux où l’on renfermait les bêtes féroces sont détruits et obstrués ; les gradins où se pressaient tant de milliers de spectateurs ont disparu totalement et le souvenir seul de tous les drames sanglants qui y furent joués a survécu à ce monument anéanti »[6].

Le P. Delattre, ayant commencé en 1985 à déblayer l’intérieur, a reconnu que le monument, beaucoup plus grand qu’on ne l’avait cru jusqu’à présent, atteignait les dimensions du Colisée. Cette constatation nous remet, en effet, en mémoire de la « Passio » de Saint Perpétue, où, la Martyre faisant le récite de sa vision, raconte qu’en arrivant à l’amphithéâtre, elle vit, sur les gradins, une foule immense. Pour cela le Cardinal Lavigerie écrivait le 9 Mai 1885 : « Combien je voudrais être assez riche, pour élever dans l’amphithéâtre un monument, une chapelle à la mémoire de Félicité et Perpétue et tant de Saint Martyrs ! Combien je voudrais qu’à mon défaut, quelque généreux chrétien voulut du moins le faire ».

Rentrons donc avec l’esprit dans cette chapelle, prison autrefois, et imaginons les saints martyrs ensemble en s’encourageant les uns aux autres, prêts à donner leur vie pour le Christ. Aujourd’hui donc c’est un jour de joie pour notre église en Tunisie et pour chacun de nous ! Saint Augustin disait : « Le retour anniversaire de ce jour nous rappelle à la mémoire et nous représente en quelque sorte le jour solennel où les saintes servantes de Dieu Perpétue et Félicité commencèrent à jouir de la félicité perpétuelle… Certes, « ils nous devancent, ils s’élèvent bien au-dessus de nous:

  • si nous ne pouvons les suivre par nos actions, suivons-les en désir;
  • si nous n’approchons pas de leur gloire, partageons leur joie;
  • si nous n’avons pas leurs mérites, formons-en le vœu;
  • si nous ne souffrons pas ce qu’ils ont souffert, compatissons;
  • si nous ne nous élevons pas comme eux, tenons à eux.

«Si un membre souffre, est-il écrit enfin, tous les autres souffrent avec lui ; et quand un membre est dans la joie, avec lui y sont aussi tous les autres». Avec elles nous y sommes aussi dans la joie.

P. Silvio Moreno, IVE

7 mars 2016


 [1] Cf. Caleca, Claudine, Perpétue, Félicité et leurs compagnons, Marseille, 1990, p. 50-53.

[2] Abrégé de l’histoire de l’Abbaye de Saint Pierre de Beaulieu en bas-Limousin par Dom Amand Vasler, Prieur de cette Abbaye 1872, publié en 1883 par l’abbé J.B. Poulbiere, Brive, p. 24-26.

[3] Fontaine, Francis, Perpétue de Tébourba à Vierzon, in www.fraternite-sainte-perpetue.com

[4] Saint Augustin, Sermons CCLXXX, CCLXXXI, CCLXXXII.

[5] Mgr Gourlot, Saints d’Afrique, Narmura, 1930, p.42.

[6] Voyage archéologique dans la Régence de Tunis par M.V. Guérin-Tome 1, p. 37-38.

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