NOTRE DAME DE CARTHAGE ET LA PÉRIODE FRANÇAISE EN TUNISIE

L’ostensoir de N. D. de Carthage

Au domicile de l’archevêque de Tunis se trouve, déjà restauré, l’ostensoir utilisé au Congrès eucharistique de Carthage en 1930. La Vierge Marie y fut représentée. L’orfèvre ayant exécuté l’ostensoir, plaça au-dessous de l’hostie, dans le bras inférieur de la Croix, une artistique statuette en ivoire de N. D. de Carthage, s’inspirant des motifs chrétiens et carthaginois fournis par l’archéologie, qui exprime la vérité suivante : autrefois Marie nous a donné la sainte humanité de Jésus-Christ. Maintenant elle continue de nous le donner sur l’autel par l’Eucharistie. C’est ainsi que N. D. de Carthage était devenue aussi une Vierge eucharistique. Sans le vouloir, après le Congrès de 1930, la renommée de N.D. de Carthage due à cet ostensoir, et par les milliers de médailles et autres objets de piété emportés par les congressistes, eut une diffusion mondiale.

La fête de N.D. de Carthage

Le Cardinal Laurenti, Préfet de la Congrégation des Rites, avait accordé à la demande de Mgr Lemaitre, en date du 11 mars 1931, pour le diocèse de Carthage, une Messe et un Office propre en l’honneur de N. D. de Carthage. Cette fête liturgique, d’après le décret, devait se célébrer le 11 octobre, en la fête, à cette époque-là, de la maternité divine. Mais le 2 avril 1932, Mgr Lemaitre obtint de la Congrégation des Rites qu’elle soit fixée le 24 mai. Certainement pour le P. Delattre, amoureux de N. D. de Carthage, ce fut une grande consolation de pouvoir célébrer cette Messe et dire cet Office, une fois avant sa mort. Marie, Mère de Dieu, qu’il avait tant aimée, priée et si bien servie, voulut lui octroyer, pour ses 50 années de labeur, cette récompense, avant de quitter cette terre.

Les pèlerinages à N. D. de Carthage

Le Cardinal Lavigerie, en 1884, avant la construction de la Primatiale, dédia la chapelle du Carmel de Carthage à Notre-Dame de la Mellieha, dévotion maltaise, pour que les catholiques, particulièrement ceux de Malte, puissent y venir honorer la Sainte Vierge. Chaque année, pour l’ouverture du mois de mai et le 8 septembre, les cloches du monastère annonçaient l’arrivée des pèlerinages. Mais dans les écrits du P. Delattre, à la date du 2 avril 1909, est mentionnée une cérémonie mariale : un pèlerinage à N. D. de Carthage accompli par les religieuses de Notre Dame Auxiliatrice de la Manouba avec toutes leurs élèves. La même année, Delattre signale que plusieurs familles de Tunis sont venues ensemble pour faire un pèlerinage le jour de l’Assomption. En 1910, ce sont les enfants de Marie de la Paroisse de Notre Dame du Rosaire de Tunis, conduite par les Sœurs de Saint Vincent de Paul, qui viennent prier la Vierge Immaculée, Mère de Dieu. En 1911, le groupe des grandes jeunes filles de Sainte Monique font un pèlerinage avec messe, allocution, communions. A partir de cette date, la coutume de venir en pèlerinage à N. D. de Carthage est vraiment établie. Les communautés font leur pèlerinage annuel, les curés viennent avec leurs enfants après les communions solennelles. Et durant la guerre 1914-1918, ce sont des marins de Bizerte et des soldats qui viennent avec leurs aumôniers, demander la protection de Marie. Pendant les quatre années d’épreuves, combien de militaires isolés, de familles cruellement atteintes sont venues implorer le secours de la Vierge de Carthage ou lui exprimer leur reconnaissance ! Il en fut de même de 1939 à 1945. Comme dans les grands sanctuaires, les cierges votifs ont brûlé tous les jours à son autel ; des messes, des neuvaines ont été fréquemment demandées pour obtenir la paix. Quelque peu ralentis après la première guerre mondiale, les pèlerinages ont repris en 1924, mais sous une autre forme : le pèlerinage diocésain pour l’ouverture du mois de Marie.

Notre Dame de Carthage Tunis

Ouverture solennelle  du mois de Marie

Depuis 1890, l’ouverture du mois de Marie se faisait officiellement dans le diocèse par une procession allant de la Cathédrale au Carmel[1]. En 1924, Mgr Lemaitre ordonna que l’ouverture du mois de Marie se fît solennellement chaque année à N. D. de Carthage. Il convoqua d’une manière pressante les fidèles de Tunis et de la banlieue à venir raviver leur dévotion envers la Sainte Vierge, par un acte de piété ardent et collectif. Il présida lui-même les cérémonies et la procession, durant laquelle la statue de la Vierge Marie fut portée avec toute solennité par les séminaristes Pères Blancs. La guerre 1939-1945 arrêta ce grand pèlerinage marial annuel. C’est en 1949 que Mgr Gounot voulu le reprendre en lui donnant un caractère diocésain. Il demanda à toutes les paroisses d’y prendre part et le fixa l’un des dimanches du mois de mai et non à l’ouverture du Mois de Marie.

Œuvres pieuses à N. D. de Carthage

En 1915, le 24 mai, Mgr Combes approuva un projet de confrérie d’enfants de Marie que lui présentait l’Archiprêtre sous le nom de « Association de N. D. de Carthage ». En 1924 fut inauguré à Hammamet, un dispensaire, sous le vocable « N.D. de Carthage ». Vers la même époque fut fondée une pieuse association de charité dénommée « Les infirmières de N. D. de Carthage ». Ces dames avaient deux maisons, l’une à Kairouan et l’autre à Zaghouan. Les religieuses de Nevers, depuis 1929, dirigeaient un établissement d’enseignement libre pour les jeunes filles : le Collège de N. D. de Carthage à la Manouba. Ecole dirigée aujourd’hui par les pères salésiens. Aujourd’hui, deux œuvres paroissiales portent son nom : Chorale de la Cathédrale de Tunis « N. D. de Carthage », fondée en 2013 pour le service liturgique de la Cathédrale. Résidence de Filles pour étudiantes subsahariennes « N. D. de Carthage », fondée en 2009 par les Sœurs Servantes du Seigneur et de la Vierge de Matara.

La Tombe du Père Delattre

Le P. Delattre était venu en Afrique pour amener des âmes à Jésus-Christ. Si dès les premiers temps, il se livra par obéissance, de toute son âme, à l’archéologie, il resta cependant toujours missionnaire et la Providence divine, comme nous l’avons montré, lui ménagea le bonheur de découvrir une Vierge des premiers siècles chrétiens. S’il eut une grande dévotion à Saint Louis, roi de France, c’est à l’autel de la Vierge que le P. Delattre célébrait de préférence la Messe. C’est à ses pieds qu’il aimait réciter chaque jour le Rosaire. Le P. Delattre mérita ainsi le grand honneur, que voulut bien lui faire Mgr Lemaître, de reposer devant l’autel de celle qu’il avait tant aimée et tant priée. En effet, juste devant la table de communion, se trouvait la tombe du Père, recouverte d’une dalle de marbre avec une croix, portant son épitaphe et cette discrète louange qui résume si bien toute sa vie : « Devotus, alma domina Kartaginis, cultor » (« Ici repose le serviteur dévoué de la Vierge de Carthage »). Ainsi de sa tombe et du haut du Ciel, le P. Louis Delattre nous encourage encore à être de bons et fidèles serviteurs de la Sainte Mère de Dieu.

Conclusion

 La dévotion à N. D. de Carthage, en cette terre africaine, n’a pas son origine dans une apparition célèbre ou dans des miracles éclatants, comme il en est parfois pour tant d’illustres sanctuaires mariaux dans le monde. Ce qui portait les fidèles chrétiens vers son autel à la Primatiale et aujourd’hui à la Cathédrale de Tunis, c’est leur foi en son intercession et en sa bonté, stimulée par les exemples des premières générations chrétiennes. Lorsque dans l’arène de l’amphithéâtre de Carthage, nous entendons l’évocation des combats des témoins du Christ, et leurs victoires, notre générosité chrétienne est certainement réanimée ; de même, le bas-relief de la Vierge Marie, les prières invocatoires moulées sur les terres cuites disent, combien était vive et largement répandue en Afrique, du IIIème au VIIIème siècles, la confiance à l’égard de notre mère céleste. Ces souvenirs qui envahissent notre intelligence sont comme une exhortation muette mais touchante encore aujourd’hui, à conserver, à amplifier et à même de stimuler notre piété mariale. C’est avec joie donc et une profonde reconnaissance et amour envers Marie que nous avons publié ces notes archéologiques et historiques établissant ainsi d’une façon presque palpable, l’antiquité et la perpétuité de son culte en Afrique, malgré les révolutions, malgré les ruines amoncelées et les longues nuits de deuil qui semblait avoir fait disparaitre à jamais toute trace matérielle de la dévotion des fidèles d’Afrique envers la Mère de Dieu.         

Notre Dame de Carthage, protège tes serviteurs!


[1] Le 2 mai 1913, Mgr Combes voulut que cette cérémonie se fît à N.D. de Tunis (située au-dessus du Belvédère) pour 1’inauguration du sanctuaire provisoire. Le projet de construction abandonné, la cérémonie ne se renouvela pas.

 

 

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