La croix des chanoines du chapitre de la Cathédrale de Carthage

Croix des chanoines de Carthage

Révérend Père Silvio,

Passionné d’histoire, je suis spécialiste de l’histoire des ordres de chevalerie et de leurs marques d’honneur, la « phaléristique ». Je suis tout particulièrement intéressé par les marques d’honneur ecclésiastiques, et notamment pas les croix portées par les chanoines et chapelains. Je travaille actuellement avec le Dr. Bernard Berthod, conservateur du Musée de Fourvière à Lyon à un catalogue qui retracerait l’histoire des ces croix en France et en Afrique du Nord. Ainsi les chanoines de Carthage portaient-ils une croix obtenue par Mgr Lavigerie. Auriez-vous quelques éléments sur celle-ci? Savez-vous s’il existe plusieurs modèles de cette croix?

Jean-Christophe Palthey

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La réponse sur la croix du chapitre de la Cathédrale de Carthage d’époque moderne se relie comme je l’avais imaginé à l’ancienne époque de Carthage.

Le Cardinal Lavigerie avait à cœur le fait de redonner à Carthage sa splendeur première en faisant valoir à juste titre la primauté de l’évêque de Carthage héritage reçu du grand évêque Saint Cyprien.

Sur la colline de Byrsa, à Carthage, la même où Didon, adoratrice de Baal et de Tanit, découpa une peau de boeuf en fines lanières pour délimiter l’étendue de Kart-Hadasch, là même où s’élevait le temple de Eschmoun et le Capitole Romain, le Cardinal conçut le projet des 1882 d’édifier une Cathédrale en l’honneur de Saint Louis et de Saint Cyprien, symbole de la résurrection glorieuse de l’antique et toujours belle Eglise de Carthage, celle de Saint Cyprien et de Saint Augustin. Les plans du monument furent dessinés par l’abbé Pougnet, architecte diocésain, auteur également des plans de la Cathédrale Saint Vincent de Paul à Marseille. La première pierre provenant de la Basilique de Saint Cyprien au bord de la mer, fut posée le 11 mai 1884 et la consécration eut lieu le 27 aout 1894.

Immédiatement après la pose de la première pierre, le 4 novembre 1884 le souverain pontife Léon XIII avec sa lettre apostolique Materna Ecclesiae Caritas, De sede archiepiscopali Carthaginiensi restituenda, supprime l’administration apostolique de Tunis et restitue à Carthage la dignité d’archidiocèse :

« Donc, après avoir considéré avec soin ce que Nous venons de rappeler, et après avoir pesé chaque chose à sa valeur, et aussi réclamé l’avis de la Sacrée Congrégation chargée de la propagande du nom chrétien, pour le bonheur de la société chrétienne, et surtout pour le salut et l’honneur des Africains, Nous rétablissons, par l’autorité de ces lettres, le siège archiépiscopal de Carthage. En conséquence, Nous ordonnons que les… temples, oratoires, pieux établissements, et avec tous leurs habitants catholiques de l’un et de l’autre sexe, passent de la puissance du vicaire apostolique de la Tunisie sous celle de l’archevêque de Carthage, et lui obéissent à l’avenir»[1].

Dans cette lettre apostolique le Pape Léon XIII affirme avoir prise cette décision par la considération de la grandeur de la vie chrétienne à Carthage aux premiers siècles (pères de l’Eglise, martyrs, etc.). Egalement il fonde aussi son argument sur la bulle de Léon IX qui confirma le 17 décembre 1053 aux évêques Thomas et Jean, la primauté de l’évêque de Carthage[2]. Ecrit Léon XIII:

« Que Carthage ait présidé aux débuts de l’Eglise africaine, personne n’en doute. Les évêques de cette ville ont acquis de bonne heure une puissance’ qui primait celle des autres, et l’Eglise même de Carthage, comme on le voit dans saint Augustin, est appelée la tête de l’Afrique. En effet, telle était l’autorité des Pontifes carthaginois en Afrique, qu’ils connaissaient d’ordinaire des causes des Églises ; ils donnaient aussi des réponses aux évêques, envoyaient des légats au prince, ordonnaient les conciles de toutes les provinces. Sur ce sujet, le témoignage de Notre prédécesseur saint Léon IX est très honorable et très grave ; on lui demanda son avis sur le droit de l’archevêché de Carthage, et il répondit à l’évêque Thomas en ces termes ; « Sans doute, après le Pontife romain, le premier archevêque et le métropolitain suprême de toute l’Afrique est l’évêque de Carthage : et il ne peut perdre, au profit d’aucun évêque en toute l’Afrique, le privilège une fois concédé par le Saint-Siège Apostolique et Romain ; mais il le gardera jusqu’à la fin des siècles et tant qu’on y invoquera le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, soit que Carthage gise abandonnée, soit qu’un jour elle revive en sa gloire. Cela est clairement démontré par le concile du bienheureux martyr Cyprien, par les synodes d’Aurélius, par tous les conciles africains : et, ce qui est plus important encore, par les décrets de Nos vénérables prédécesseurs, les Pontifes Romains».

Pour cela, le Cardinal Lavigerie lors de la construction de la Cathédrale fit peintre au-dessus de galeries l’inscription mémorable de Saint Léon IX en latin : « Sine dubio post romanum pontificem primus archiepiscopus et totius africae maximus metropolitanus est carthaginensis episcopus, sed obtinebit illud usque in finem soeculi et donec invocabitur in ea nomen Domini Nostri Iesu Christi, sive deserta jaceat Carthago, sive resurgat gloriosa aliquando».

Finalement, Léon XIII dans sa lettre apostolique demande à l’archevêque de Carthage entre autres choses, celle de constituer le plutôt possible un chapitre de la Cathédrale : «…Qu’il établisse, le plus tôt possible, un chapitre de chanoines métropolitains, suivant les prescriptions des lois ecclésiastiques. — Que l’un des chanoines soit le premier dans le chapitre, et soit honoré de la dignité d’archidiacre; que deux autres soient canoniquement élus pour remplir l’office, l’un de théologal, l’autre de pénitencier… ». Ainsi le Cardinal avec décret du 9 aout 1885 établi un chapitre de la Cathédrale avec son propre règlement disciplinaire, confirmé définitivement par Léon XIII avec décret de constitution le 14 aout 1888.

Or, dans les insignes des chanoines du chapitre, particulièrement dans la croix pensée par le Cardinal Lavigerie lui-même, il résuma à pérenne mémoire toute l’histoire que nous avons exposée ci-dessus. Ainsi au titre troisième du règlement disciplinaire (1885) des chanoines du chapitre de la Cathédrale de Carthage, nous lisons :

« De l’habit de chœur et des insignes des chanoines de Carthage.

Article 20 – L’habit de chœur des chanoines de Carthage pour les affaires ordinaires, sera le suivant : une soutane violette avec rochet brodé et camail en soie de la même couleur que la soutane. Sur le camail, ils porteront une croix d’or émaillée, à huit points, avec un médaillon double portant d’un côté l’image de Saint Cyprien, et de l’autre ces paroles du Pape Saint Léon IX : « Primus post Romanum Pontificem Archiepiscopus maximus totius Africae Metropolitanus ». Autour du médaillon sera gravé d’une part : « Leo P.P. Decimus Tertius instituit », et de l’autre part : « Karolus Cardinalis Lavigerie impretavit »[3].

Le 20 octobre 1915 Mgr Clément Combes, successeur de Lavigerie, supprime le chapitre de la Cathédrale, mais immédiatement a été créé un nouveau avec les mêmes habits et insignes du chapitre précédent[4].

Malheureusement dans l’actualité nous n’avons pas pu trouver un exemplaire de la croix du chapitre de la Cathédrale de Carthage. Cependant M. Jean-Christophe Palthey, nous a envoyé une photo de cette croix qu’il possède dans sa collection. Elle a été inspirée à Monseigneur Lavigerie par celle du Chapitre de Nancy[5] qu’il avait recrée, elle même inspirée de la croix octroyée au XVIIIe siècle par Stanislas roi de Pologne et duc de Lorraine aux chanoines de Nancy (voir photo ci-dessous). 

Croix_chapitre_nancyP. Silvio G. Moreno, IVE

Vicaire de la Cathédrale de Tunis


[1] Cf. Leon XIII, Materna Ecclesiae Caritas. Version en latin: http://w2.vatican.va/content/leo-xiii/la/apost_letters/documents/hf_l-xiii_apl_18841110_materna-ecclesiae-caritas.html ; Version latin-français : http://www.liberius.net/livres/Lettres_apostoliques_de_S._S._Leon_XIII_(tome_2)_000000828.pdf  

[2] Cf. Munier Charles, Le Pape Léon IX et « l’archevêque de Carthage » (JL 4304 et 4305). In: Revue des Sciences Religieuses, tome 76, fascicule 4, 2002. pp. 447-466.

[3] Cf. Archives de l’Archidiocèse de Tunisie: section chapitre de la Cathédrale de Carthage.

[4] Cf. Ibid.

[5] Revers de la croix de chapitre des chanoines de Nancy demandée par l’évêque Menjaud et octroyée le 28 mars 1857, en vermeil et émail, 61 x 73 mm de diamètre, fabrication de l’orfèvre Daubrée à Nancy, France, 2e moitié du XIXe siècle.

Un commentaire

  1. Bonjour , je possede une croissant Du chapitre de Carthage , dans Son ecrin et avec Son ruban . Eten vous interesse svp .

    Salutations distinguees

    Jan Verbelen

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