ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE DE CARTHAGE (II)

Édifices Chrétiens dans la Carthage Chrétienne

Suivant la coutume de l’époque, les chrétiens se sont constitués en corporation, et l’Eglise possédait au IIIe siècle des lieux de réunions et des sépultures. Il faut rappeler qu’à Carthage, comme dans la plupart des villes antiques, plusieurs églises chrétiennes ont cohabité presque constamment: catholiques et donatistes surtout- mais aussi parfois deux ou trois sectes donatistes- ainsi que les ariens, du moins au temps de la domination vandale, sans compter les schismes ou hérésies variés. Comme rien ne distingue l’architecture et le décor des bâtiments cultuels des différentes églises, on ne peut préciser l’appartenance des ruines découvertes. Cette multiplicité des communautés, et donc des évêques, explique sans doute en partie le nombre de baptistères qui ont été mis au jour (au moins trois), mais on sait par ailleurs que, à date tardive, le baptistère n’est plus lié strictement à l’église épiscopale.

A travers les textes on a recensé l’existence de 24 églises, des basiliques pouvant abriter une grande assemblée. A Carthage, les restes les plus visibles d’édifices chrétiens ne remontent pas au-delà de la période Byzantine.

Pour notre pèlerinage, il est important de savoir qu’à l’intérieur de la ville cadastrée (voir plan ci-dessous), les ruines chrétiennes connues se groupent presque exclusivement dans le quartier autrefois dénommé de « Dermech » et à Sayda (actuellement le quartier des Thermes d’Antonin): c’est là que se situe la basilique à cinq nefs avec baptistère fouillée par Paul Gauckler, et trois autres églises.

 

carthage - tunisie chretienne

Les dimensions de l’église et le baptistère font de Dermech I, l’une des cathédrales possibles. Au nord-est, sur le plateau de Sainte-Monique-Sayda, où l’habitat était moins nombreux, de nombreuses sépultures ont été découvertes dont deux chapelles funéraires souterraines et surtout un baptistère, souterrain également. Au nord-ouest, se situe l’énigmatique rotonde du plateau du théâtre (aujourd’hui du côté droit de la mosquée El Abidine)

Dans la très proche banlieue, mais en zone de « cadastration rurale » qui impose une autre orientation, la vaste basilique de Damous el-Karita et ses annexes constituent probablement un second groupe cathédral dont l’origine doit être ancienne, d’où son implantation à la périphérie immédiate de la cité (côté gauche de la mosquée El Abidine). A l’autre extrémité de la ville, l’Eglise de Bir Knissia, peut-être intra muros mais entourée d’un cimetière ancien, semble respecter également l’orientation de la cadastration rurale.

Les fouilles ont permis de découvrir d’autres églises : la basilique Sainte Monique ou de Saint Cyprien au bord de la mer, la basilique Majeure, la basilique de Bir Ftouha, qui sont beaucoup plus éloignées du centre et ont probablement toutes été construites dans des cimetières.

Il est probable, selon l’avis de Noël Duval, archéologue à Carthage dans les années 1950, que la poursuite des fouilles, surtout autour de la colline de Byrsa, amènerait la mise au jour d’autres monuments chrétiens, supprimant ainsi certains blancs du plan actuel de la « Carthage chrétienne ». 

La question des cimetières[1]

Avant de continuer notre pèlerinage, il est important de savoir aussi, si les Eglises ont été organisées et traitées d’après les lois qui réglaient l’existence des collèges funéraires. Il semble que les lieux de réunions aient été établis dans les cimetières qui attiraient particulièrement l’attention. En Afrique, les catacombes sont exceptionnelles; les cimetières étaient à ciel ouvert, on les appelait, au féminin, « areae ». Celles de la communauté de Carthage nous sont connues. Elles étaient situées ainsi que l’exigeaient les lois romaines, hors de l’enceinte des villes afin que celles-ci ne fussent pas souillées au contact des cadavres. Les fidèles de Carthage se trouvaient ainsi rassemblés pour leur sommeil éternel dans un terrain au nord de Byrsa, le long et en dehors d’un vieux mur d’enceinte qui séparait de la ville proprement dite le faubourg de Megara. L’area s’étendait depuis le village actuel de la Malga jusqu’à Bordj-Djedid. Là reposèrent des milliers de chrétiens parmi lesquels il a dû s’en trouver d’illustres. 

Carthage chretienne

L’area de la basilique « Damous el-Karita »

Les plus anciens documents nous décrivent l’édification des lieux de réunions pour les fidèles sur les cimetières. A Carthage, au début du IVe siècle, la basilica novarum était construite sur un cimetière, les areae novae. Les areae africaines comprenaient deux parties distinctes : l’hortus, où s’entassaient les tombes, et l’area martyrum qui contenait sous un édicule les corps des martyrs. Autour de l’édicule les cadavres étaient accumulés ou superposés. Au delà de l’enclos, les corps s’espaçaient dans l’hortus qui ne communiquait avec l’enclos que par une seule porte. C’était là, primitivement et en période de persécutions, que les domaines funéraires restaient seuls accessibles aux fidèles qui se réunissaient. Là se trouvait la mensa du martyr, c’est-à-dire la dalle en forme de table qui recouvrait son tombeau. La Basilique Damous el-Karita en est un bel exemple. Cette basilique nous offre un enclos demi-circulaire, à ciel ouvert, entouré de portiques et un trichorum où chacune des absides renfermait probablement une mensa martyr. Evidemment, cet atrium de Carthage a été reconstruit au moment où l’on éleva la basilique; mais, selon toute apparence, pour ne point toucher aux tombes de martyrs, on y a reproduit le plan de l’area primitive. 


[1] LECLERCQ H. L’Afrique chrétienne, t. I., Paris- 1904, pp. 54-62.

Un commentaire

  1. Article fort sympathique, une lecture agréable. Ce blog est vraiment pas mal, et les sujets présents plutôt bons dans l’ensemble, bravo ! Virginie Brossard LETUDIANT.FR

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